Article 20 – Comment mesurer les coûts cachés des dysfonctionnements ?

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L’essentiel en 4 points

  1. Définition : un dysfonctionnement est un écart entre le fonctionnement attendu d’une organisation et son fonctionnement réel : absences, erreurs, départs de salariés, retards. Il génère des coûts cachés, c’est-à-dire des coûts qui n’apparaissent pas en tant que tels dans la comptabilité ou les budgets, car ils sont dilués dans les salaires, les achats ou un manque de production. Savall et Zardet (ISEOR) ont proposé une méthode pour les mesurer.
  2. Les cinq indicateurs de dysfonctionnements : la méthode repère les dysfonctionnements à travers cinq indicateurs.
IndicateurExemples
Absentéismemaladie, absences imprévues
Accidents du travailarrêts de travail, déclarations, enquêtes
Rotation du personneldéparts, recrutements, intégration des nouveaux salariés
Non-qualitérebuts, retouches, retours clients, réclamations
Écarts de productivité directeralentissements, attentes, pannes
  1. Les six composantes des coûts cachés : chaque dysfonctionnement est ensuite valorisé selon une ou plusieurs composantes.
ComposanteMode de calcul
Sursalairessurcoût d’un remplaçant ou d’un intérimaire payé plus cher
Surtempstemps passé à régulariser × CHMCV
Surconsommationsmatières, services ou recrutements consommés en trop
Non-productionheures de production perdues × CHMCV
Non-création de potentielprojets ou actions d’avenir qui n’ont pas été menés
Risquescoût probable d’un événement futur (litige, perte d’un client)

CHMCV : contribution horaire à la marge sur coût variable = marge sur coût variable annuelle / nombre d’heures de travail attendues. Elle mesure ce que rapporte en moyenne une heure de travail.

  1. Réduire les coûts cachés : une fois mesurés, les coûts cachés deviennent un gisement de performance. L’entreprise peut les réduire par des actions d’organisation, de formation ou d’amélioration des conditions de travail. Ces actions sont des investissements incorporels : leur coût est à comparer aux coûts cachés récupérés, souvent sur plusieurs années.

Exercice

L’Atelier Mécanique Durel compte 40 salariés. Sa marge sur coût variable annuelle est de 2 400 000 €, pour 60 000 heures de travail attendues. Le contrôleur de gestion a relevé les dysfonctionnements suivants sur l’année :

  • absences : 1 500 heures, dont 1 000 heures remplacées par des intérimaires, qui coûtent 8 € de plus de l’heure, et 500 heures non remplacées, donc non produites ;
  • pièces défectueuses : 300 pièces mises au rebut, avec 50 € de matière perdue par pièce, et 200 heures de retouches sur d’autres pièces ;
  • départs de salariés : 4 départs, chacun remplacé pour un coût de recrutement de 2 500 €. Chaque nouveau salarié a mobilisé 100 heures de formation par un collègue.

Travail à faire

  1. Calculez la contribution horaire à la marge sur coût variable (CHMCV).
  2. Pour chaque dysfonctionnement, indiquez l’indicateur concerné et valorisez les coûts cachés par composante. Calculez le total.
  3. Un plan d’action de 30 000 € (formation qualité, amélioration des conditions de travail) permettrait de réduire de moitié, chaque année, les coûts cachés liés aux absences et aux pièces défectueuses. Est-il rentable ?
Corrigé express : cliquez pour l’afficher (essayez d’abord !)
  1. La CHMCV est de 2 400 000 / 60 000 = 40 € par heure.
  2. Les coûts cachés de l’année sont les suivants :
DysfonctionnementIndicateurComposanteCalculMontant
Absences remplacéesabsentéismesursalaires1 000 × 88 000 €
Absences non remplacéesabsentéismenon-production500 × 4020 000 €
Pièces mises au rebutnon-qualitésurconsommations300 × 5015 000 €
Retouchesnon-qualitésurtemps200 × 408 000 €
Recrutementsrotation du personnelsurconsommations4 × 2 50010 000 €
Formation des nouveauxrotation du personnelsurtemps4 × 100 × 4016 000 €
Total77 000 €

Les coûts cachés s’élèvent à 77 000 €, soit environ 1 925 € par salarié et 3,2 % de la marge sur coût variable. Ils sont invisibles dans les comptes : ils se fondent dans les charges d’intérim, les achats de matières et les heures payées mais non productives.

  1. Les coûts cachés liés aux absences et aux pièces défectueuses s’élèvent à 8 000 + 20 000 + 15 000 + 8 000 = 51 000 €. Le plan d’action en récupère la moitié, soit 25 500 € par an :
    • la première année, le gain (25 500 €) est inférieur au coût du plan (30 000 €) ;
    • dès la deuxième année, le gain cumulé atteint 51 000 €, soit plus que les 30 000 € investis.

Le plan est donc rentable, à condition de raisonner sur plusieurs années, comme pour tout investissement incorporel. Il améliore aussi des éléments difficiles à chiffrer : la motivation des salariés, l’image auprès des clients et la capacité à se développer.

À retenir : les dysfonctionnements génèrent des coûts cachés, invisibles dans la comptabilité. La méthode de Savall et Zardet les repère grâce à cinq indicateurs et les valorise selon six composantes, souvent à l’aide de la CHMCV. Les mesurer permet de justifier des actions de prévention, qui se rentabilisent sur plusieurs années.

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